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Scrutin uninominal
et jugement majoritaire,
quelle différence ?

Les résultats de l'expérience de vote menée sur notre stand Alternatiba.

Les 30 septembre et 1er octobre, plus d'une centaine de visiteurs ont pu constater par eux-même que, selon le mode de scrutin utilisé, voter ne pose pas les mêmes difficultés...
Mais qu'en est-il de l'analyse des résultats ? Peut-on "faire dire" à un même électorat des choses différentes suivant le mode de scrutin utilisé ?

L'expérience

Nous avons proposé aux personnes volontaires de remplir les deux faces d'un seul et même bulletin portant sur la même question.

Recto : bulletin rédigé selon les modalités du scrutin uninominal.

Verso : bulletin rédigé selon les modalités du jugement majoritaire.

Il s'agissait donc au recto de voter selon les modalités du scrutin uninominal (que l'on utilise pour l'élection présidentielle, par exemple) et, au verso, de voter selon les modalités du jugement majoritaire.

Voici résultats !

Les résultats au scrutin uninominal

Ces résultats sont obtenus en dépouillant le recto des 137 bulletins valides sur les 139 figurant dans l'urne (qui comportait donc également 2 bulletins nuls).

Parmi ces bulletins figuraient 9 bulletins blancs, soit 6.6% du nombre total de bulletins, ce qui porte à 128 le nombre de bulletins comptabilisés.

Le grand gagnant de ce scrutin est : l'environnement, avec 60.9% des suffrages !

Résultats au scrutin uninominal.

Avec ces résultats, on pourrait donc être tenté de tirer les conclusions suivantes :

  • Les participant•e•s, qui se trouvaient tou•te•s en visite au village Alternatiba, ne s'intéressent qu'à l'environnement et trouvent les autres sujets, tels que la diplomatie, l'économie ou l'égalité négligeables, puisqu'aucun de ces sujets n'atteint 20% des suffrages !
  • 6.6% des participant•e•s se désintéressent totalement de la question posée, puisqu'ils ont remis un bulletin blanc.

Mais c'est peut-être aller un peu vite en besogne que de conclure ainsi...

Les résultats au jugement majoritaire

Voyons maintenant comment les mêmes électeurs et électrices se sont exprimé•e•s au verso des 137 bulletins avec le jugement majoritaire.

Proposition{{poll.winners.length > 1?'s':''}} retenue{{poll.winners.length > 1?'s':''}}

Aucune participation au sondage

Impossible d'établir un•e gagnant•e

{{poll.winners.join(', ')}}
{{q.m}}
{{p.rank}}
{{p.candidate}}
{{poll.language[p.g].m}}
{{q.m}}
{{p.pctMeritProfile[q.index]}}%
0%
50%
100%
{{p.pctMeritProfile[q.index]}}%
{{p.meritProfile[q.index].c}}

Et c'est à nouveau l'environnement qui l'emporte ! Mais cette fois les résultats donnent lieu à une toute autre interprétation...

On ne peut plus se permettre d'affirmer que les participant•e•s trouvent les autres sujet négligeables. En effet, le scrutin uninominal autorise une interprétation selon laquelle l'intérêt pour l'environnement correspondrait à une indifférence pour les autres sujets. Or, on le constate clairement avec le jugement majoritaire, il n'en est rien.

Il y a une tendance à prioriser l'environnement, mais les résultats sont sans équivoque par rapport au fait que la très grande majorité des participant•e•s jugent tous les sujets au moins très importants.

Les mentions négatives sont par ailleurs très peu présentes. Cela tient assurément à la nature des propositions que nous avons soumises au vote et qui sont jugées de façon globalement très positive. Mais cela permet tout de même d'observer que les participant•e•s ne semblent pas du tout avoir subi un biais les incitant à porter des mentions "plutôt autour de la moyenne". Les paticipant•e•s ont utilisé les mentions pour exprimer leurs opinions, et ne se sont manifestement pas senti•e•s obligé•e•s de les "répartir".

Enfin, les résultats obtenus permettent de s'interroger sur le fait que les deux premières propositions n'ont aucune mention négative alors que, en comparaison, les deux dernières propositions ont toutes les deux à peu près autant de mentions négatives, et sont beaucoup plus souvent considérées "moyennement importantes". On peut donc ici se risquer à suggérer l'explication suivante. L'environnement et l'égalité sont des sujets par lesquels tout un chacun peut se sentir légitimement et pleinement concerné. A contrario, la diplomatie et l'économie sont des sujets plutôt réservés aux experts. Ces sujets plus "techniques" seraient donc perçus par certains participant•e•s avec davantage de distance.

Ce dernier point reste une interprétation totalement subjective. Mais notons que c'est une chose que la méthode du jugement majoritaire permet de questionner, là où le scrutin uninominal masque totalement l'information et ne laisse place qu'à la spéculation.

À défaut de choisir, que font les participant•e•s ?

Après avoir "fait parler" les résultats, nous pouvons examiner les données d'un peu plus près et essayer d'en savoir davantage sur la manière dont les participant•e•s se sont comporté•e•s. Les personnes interrogées ont-elles, par exemple, cherché à établir un classement entre les différentes propositions ?

Nombre de mentions utilisées sur un bulletin Nombre de participant•e•s
1 21
2 54
3 57
4 5

Nombre de mentions utilisées sur un même bulletin par les participant•e•s.

On remarque tout d'abord que 21 participant•e•s ont fait le choix d'attribuer la même mention à toutes les propositions, marquant ainsi clairement le fait qu'ils ou elles n'avaient pas de préférence.

Par ailleurs, 5 participant•e•s seulement ont utilisé 4 mentions différentes. Sans préjuger des raisons qu'ont eu ces personnes de procéder ainsi, ceci démontre, à l'échelle de notre petite expérience, que le fait de devoir évaluer les propositions ne donne pas forcément aux participant•e•s l'envie ou l'impression de devoir les classer.

Un autre point intéressant concerne le nombre de fois où a été utilisée la meilleure mention cochée sur un bulletin. Autrement dit, combien de participant•e•s ont mis plusieurs propositions à égalité avec leur mention maximale.

Nombre d'occurrences de la mention la plus haute sur un bulletin Nombre de participant•e•s
1 66
2 36
3 14
4 21

Nombre de fois où les participant•e•s ont attribué leur mention la plus haute à différentes propositions.

On observe ainsi que 66 personnes ont utilisé leur mention la plus haute une seule fois, alors qu'elles sont 71, soit 52% à avoir attribué plusieurs fois leur mention la plus haute. Ceci constitue une assez courte majorité des participant•e•s à avoir procédé ainsi.

Mais s'il y a bien un biais à prendre en compte dans notre petite expérimentation (même s'il y en a assurément d'autres), c'est le fait que l'on ait demandé aux participant•e•s de remplir le verso immédiatement après avoir eu à faire un choix au recto. On peut donc penser qu'un certain nombre de personnes ont voulu mettre la mention la plus haute une seule fois pour être en cohérence avec leur action précédente. Cela est une pure supposition. Mais quoi qu'il en soit, la majorité des participant•e•s n'a pas manifesté la volonté d'exprimer une préférence par un choix unique.

À propos des votes blancs

Alors qu'il y a 9 bulletins blancs avec le scrutin uninominal, il n'y a aucun bulletin blanc avec le jugement majoritaire !

Le fait que l'on ait bien 137 réponses avec le jugement majoritaire amène donc à remettre en cause l'interprétation des bulletins blancs que suggère le scrutin uninominal. En effet avec le scrutin uninominal on pouvait se sentir autorisé à affirmer que 6.6% des participants se désintéressaient totalement de la question posée. Or ces mêmes personnes ont exprimé un avis sur la face réservée au jugement majoritaire.

Ce phénomène ne peut pas s'expliquer par des oublis. Les bulletins étaient présentés de sorte à ce que ce soit le recto des bulletins qui soit visible en premier. C'est donc le verso qui avait la plus forte probabilité d'être oublié. Or, cela ne s'est pas produit.

La conclusion que nous sommes donc tentés de tirer de cela est que les participant•e•s concerné•e•s ont délibérément refusé de répondre au recto du bulletin, estimant que le scrutin uninominal ne leur permettait pas de s'exprimer correctement. Ce qui correspond à ce qui nous a été témoigné oralement sur place. Ceci nous conforte dans l'idée selon laquelle le jugement majoritaire rend de fait le vote blanc superflu.

Les témoignages sur place

Cette expérience fut beaucoup moins aisée que nous l'imaginions. Un très grand nombre de personnes refusaient tout net de participer, expliquant que toutes les dernières élections officielles leur avaient démontré que les élections "ne servent à rien", et qu'elles refusaient désormais de participer à quelque scrutin que ce soit.

Avec beaucoup de persévérance, nous avons pu convaincre la quasi-totalité de ces personnes de participer malgré tout. Et le résultat est très positif, puisqu'après s'être pris au jeu les participants ont unanimement et spontanément affirmé qu'il était tout à fait naturel de s'exprimer selon les modalités du jugement majoritaire, alors que cela pose les pires difficultés avec le scrutin uninominal.

Conclusion

À travers cette petite expérience sur notre stand, nous voulions avant tout mettre l'accent sur le ressenti. Nous voulions que les participants se rendent compte, en pratique, à quel point, mine de rien, le mode de scrutin peut influencer la manière de remplir un bulletin. De ce point de vue, les témoignages des participant•e•s nous suggèrent que c'est un franc succès.

Notre petite expérimentation n'a aucune prétention scientifique. Et notre intention n'est en aucun cas de prêter un message aux personnes qui ont voté. Nous n'avons aucune autorité particulière pour imposer les interprétations ci-dessus. En nous inspirant des résultats des expériences de Michel Balinski et Rida Laraki, auteurs de la méthode, nous nous sommes risqués à cet exercice pour essayer de mettre en évidence à quelle point le jugement majoritaire est un processus beaucoup plus transparent, et les résultats par conséquent beaucoup plus lisibles.

Nous adressons un grand merci à toutes les personnes ayant participé à cette expérimentation ! Et nous espérons que tous les lecteurs ayant persévéré jusqu'ici sont désormais aussi convaincus que nous de l'intérêt du jugement majoritaire.

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